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SYNEMUSE-XXI -Synthèse et Exploration des perspectives sur la musique et le son à l’écran au XXIe siècle

Séminaire organisé par Chloé Huvet (RASM-CHCSC) et Aurélie Huz (Université Paris Nanterre), avec le soutien de l'Institut universitaire de France. Séance 2 – « Paysages sonores de l'usine à l’errance : expériences sensibles et éthiques du son au cinéma »

le 13 février 2026

Vendredi 13 février 2026
16h-19h
Université Évry Paris-Saclay
23 Boulevard François Mitterrand
91000 Évry
Bâtiment 1ers Cycles - Salle C2
SYNEMUSE-XXI est un nouveau séminaire de recherche international porté par Chloé Huvet (Université Évry Paris-Saclay, RASM-CHCSC/IUF) et Aurélie Huz (Université Paris Nanterre, CSLF), avec le soutien de l’Institut Universitaire de France. Ce séminaire pluridisciplinaire réunit des spécialistes du son et de la musique à l’écran développant des approches novatrices de la musique et du son dans les médias audiovisuels anglophones contemporains (cinéma, télévision, jeux vidéo, etc.). Il s’agit à la fois de réfléchir collectivement aux différentes manières d’appréhender et d’analyser les bandes-son des productions audiovisuelles à l’ère numérique, notamment par des propositions terminologiques et méthodologiques stimulantes, mais aussi d’examiner les transformations des processus créateurs, des démarches esthétiques et de questionner l’expérience spectatorielle qui en découle. Le séminaire ambitionne de couvrir un large éventail de sujets, de corpus et d’approches. Il vise en outre à impulser la constitution d’un réseau international et multidisciplinaire, et à renforcer les collaborations existantes avec les spécialistes invités.
 

SÉANCE 2 – « Paysages sonores de l'usine à l’errance : expériences sensibles et éthiques du son au cinéma »

 
  • Adrien Quièvre (Maître de conférences en histoire culturelle et humanités numériques à l’université Versailles Saint-Quentin Paris Saclay) : « Esthétique et affects des bruits industriels dans les films de science-fiction »
Cette intervention propose d'analyser les bandes-son de quelques films de science-fiction pour comprendre comment l'expérience du travail industriel est mise en sons dans ces univers futuristes ou imaginaires. Nous étudierons d’abord la façon dont ces représentations sonores de l'industrie se distinguent des représentations réalistes des usines dans le cinéma. Puis, à partir de la théorie des affects sonores développée par Marie Thompson, croisée avec la théorie du choc de Walter Benjamin et Siegfried Kracauer, nous analyserons les manières dont les sonorités industrielles (grondements, bourdonnements, chocs métalliques, bruits de chaîne) participent à la production de régimes d'affects spécifiques – brutalité, anxiété, fatigue, oppression, mais aussi fascination et puissance.
 
  • Louis Daubresse (Docteur en études cinématographiques et audiovisuelles) : « Dynamiques écologiques du silence : une alternative sonore face aux temps troublés »
L'état du monde d'aujourd'hui - entre frénésies communicationnelles, effervescences technologiques, démographie exponentielle et dérèglement climatique - est tel que le silence, sous forme d'expérience concrète et sensorielle, est de plus en plus recherché. La littérature scientifique s'est emparée de ce sujet depuis quelques décennies et le cinéma devient un lieu exclusif, pour laisser le silence s'exprimer en tant que modalité d'action. Essayant de penser la « trivialité du présent » pour reprendre l'expression de Lionel Ruffel, avec ses égarements (industrialisation, urbanisation, déforestation), certains réalisateurs américains contemporains comme Gus Van Sant, Kelly Reichardt ou John Krasinski tentent eux aussi de réactiver un contact immédiat avec le silence en tant que phénomène acoustique fondamental. Nous verrons que celui-ci y fait ressentir toute l'étendue de sa puissance dans des séquences plus ou moins longues mais marquées par l'effacement de (presque) toute parole ou musique et par une bande sonore minimaliste d'où ne se dégagent éventuellement que quelques traces acoustiques d'une faible portée décibélique. Dans de telles séquences, le silence cinématographique y éclot de façon questionnante, les spectateurs étant amenés à le vivre pleinement sous forme d'instant immédiat et permettant de revenir vers des sensations premières, développant l'acuité audiovisuelle (qu'y-a-t-il à voir et à écouter quand un épais silence s'installe ?), et rétablissant une proximité exclusive avec la nature. Au-delà du refus de la parole discursive, du commentaire musical ou des bruits parasitaires, ces quelques films anglo-saxons encore récents sondent le silence comme voie d'accès à des lieux reculés et fragiles mais aussi comme témoignage de leur propre sauvegarde face aux menaces extérieures. C'est en cela que l'on peut parler d'écopoétique du silence au sens où le silence devient, surtout par les temps qui courent, un matériau écologique à part entière.

Références :
• Breton Stéphane (dir.), Penser le silence, La Tour d'Aigues, L'Aube, 2022.
• Corbin Alain, Histoire du silence : de la Renaissance à nos jours, Paris, Albin Michel,
2016
• De Smedt Marc, Éloge du silence, Paris, Albin Michel, [1986] 2018.
• Le Breton David, Du silence, Paris, Métailié, [1997] 2015.
• Sueur Jérôme, Histoire naturelle du silence, Arles, Actes Sud, 2023.
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