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Séminaire Transatlantic Cultures - Femmes

Séance du 10 avril 2026, de 17h à 20h. En partenariat avec le projet « Américanisation par les arts » (MSH Paris-Saclay).

le 10 avril 2026

Vendredi 10 avril 2026
de 17h à 20h
Institut National d’Histoire de l’Art,
2, rue Vivienne, 75002 Paris,
salle Mariette
Femmes


- Marie Siguier
(Création Contemporaine et Prospective, Musée National d’art Moderne, MNAM-Cci, Centre Pompidou) : Abstractions, féminismes noirs et résistance à Paris : Hessie, Pindell, Thompson et O’Neal, quatre trajectoires (1970-1990)

Entre 1970 et 1990, Hessie, Howardena Pindell, Mildred Thompson et Mary Lovelace O’Neal s’installent à Paris, carrefour des circulations afro‑atlantiques, mais périphérique aux principaux foyers de lutte africains-américains. Le contexte français se caractérise alors par l’indifférence de la seconde vague du féminisme aux questions raciales et l’hostilité du système artistique institutionnel envers les artistes femmes afrodescendantes. Face à cette double invisibilisation, ces artistes investissent l’abstraction comme stratégie à la fois d’autodétermination et d’« opacité » créatrice. L’éloignement géographique ouvre la voie à d’autres formes d’engagements. Leurs pratiques artistiques façonnées par l’expérience du déplacement, de l’exil, le refus des assignations, transforment l’abstraction en un espace où s’inventent de nouvelles formes de résistance, de mémoire diasporique, d’affirmation comme de dissolution de soi.

Diplômée de l’École du Louvre, de Sorbonne Université et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Marie Siguier est attachée de conservation au département Création Contemporaine et Prospective du Musée national d’art moderne. Commissaire associée de Paris Noir : Circulations artistiques et luttes anticoloniales (Centre Pompidou, 2025) elle a été co-commissaire de plusieurs expositions récentes, dont William Melvin Kelley (Galerie Clémentine de la Ferronière 2025), Art contemporain en Lituanie depuis 1960. Une donation majeure (Centre Pompidou, 2024, avec le MO Museum, Vilnius) et Bracha L. Ettinger : Kaddish — Eurydice — Medusa (Centre Pompidou, 2024) dont elle co-dirige la monographie à paraître aux Éditions du Centre Pompidou/Skira. Ses recherches récentes explorent plus largement les circulations artistiques (post)coloniales, en particulier l’histoire des artistes afro-américains, les réseaux d’artistes femmes et les mouvements féministes noirs et diasporiques en France, ainsi qu’une attention approfondie portée aux scènes artistiques des pays baltes et à la contribution des femmes artistes dans ces contextes.

- Guillaume Sintès (Université de Strasbourg, membre du laboratoire ACCRA UR 3402) : Karin Waehner, une artiste migrante

La présente proposition de communication s’appuie sur les travaux menés dans le cadre du projet « Karin Waehner, une artiste migrante. Archive, patrimoine et histoire transculturelle de la danse » soutenu par le Labex Arts H2h (entre septembre 2015 et décembre 2017). C’est à la faveur du dépôt des archives de Karin Waehner à la BnF à la fin des années 2000 que le projet a vu le jour. Il s’agissait de collaborer avec le département des Arts du spectacle de la BnF pour permettre le catalogage du fonds. L’autre objectif a consisté à valoriser, dans la recherche scientifique, ce travail sur les archives. Une étape importante de ce projet a trouvé son expression dans un double évènement : « Karin Waehner. Exposer/performer l’archive » consistant en une soirée-recherche qui a donné à voir l’archive de la chorégraphe (documents iconographiques, radiophoniques, audiovisuels), et trois de ses œuvres remontées/recréées pour cette occasion ; un colloque international réunissant chercheuses et chercheurs françaises et allemandes a permis de présenter les axes de recherches construits à partir des archives, et notamment de retracer au travers du parcours de cette artiste migrante, les circulations des techniques chorégraphiques de la modernité en danse. L’ambition de ce projet était de croiser une histoire des migrations et une histoire transnationale en danse tout autant que de questionner l’histoire de la danse en France.

Figure marginalisée, voire oubliée de l’histoire de la danse, Karin Waehner (1926-1999) suit de 1946 à 1949 l’enseignement de la chorégraphe allemande Mary Wigman dans son école de Leipzig. Elle y obtient un diplôme de pédagogie, de chorégraphie et d’interprète. Adoubée par son maître, Karin Waehner ressent toutefois le besoin de travailler autrement, de manière plus physique et de changer d’environnement. Refusant de travailler pour des opérettes ou des divertissements dans les maisons d’opéra en Allemagne, elle part s’établir, en 1950, en Argentine pour enseigner à l’école de danse de Buenos Aires d’Otto Werberg, professeur de la technique Kurt Jooss. À Buenos Aires, elle compose également plusieurs chorégraphies. Elle y fait la rencontre de Marcel Marceau qui motive sa venue à Paris en 1953. En 1959 puis en 1966, soucieuse d’élargir sa pratique de la danse, Karin Waehner effectue deux séjours aux États-Unis pour s’initier aux techniques de Martha Graham et Merce Cunningham (deux figures pour l’une de la modern dance et pour l’autre de la post modern dance américaines), à l’étude de la composition avec Louis Horst. Elle se détourne ainsi des enseignements qu’elle a reçus en Allemagne puis en Argentine. L’influence de la modern dance américaine sera notable sur son travail de création mené au sein de sa compagnie, Les Ballets contemporains Karin Waehner (avec lesquels elle signera une trentaine d’œuvres), et orientera son approche pédagogique qu’elle développe à la Schola Cantorum à Paris (où elle enseigne à des générations de danseurs et danseuses pendant près de 40 ans).

Guillaume Sintès est maître de conférences en danse à l’Université de Strasbourg, membre du laboratoire ACCRA (UR 3402). Ses recherches portent sur l’archive, la mémoire et l’histoire en danse. Dans cette perspective, il a dirigé les numéros thématiques « Mémoires de l’œuvre en danse » (n° 7, 2019) et « À la recherche d’un métier : enseigner la danse » (n° 13, 2024) de la revue en ligne Recherches en danse ; ainsi que l’ouvrage collectif Danser en 68. Perspectives internationales (Éditions Deuxième Époque, 2019). À l’Université de Strasbourg, il a organisé les résidences de recherche des chorégraphes Mathilde Monnier (en 2020) et Fanny de Chaillé (de décembre 2023 à octobre 2024). Il est co-responsable scientifique du projet ANR « EnDansant. Pour une histoire des enseignant∙es en danse (XVIIe-XXIe s.) » (de 2021 à 2025).

Modération : Clara Bouveresse (Université d’Évry Paris-Saclay)
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