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Patrimoines et patrimonialisation. Les inventions du capital historique XIXe-XXIe siècles

du 8 octobre 2021 au 11 mars 2022

Le 8 octobre à 14h
Le 28 janvier à 14h
Le 11 mars à 9h
Ministère de la culture
182 rue Saint-Honoré
75001 Paris

Séminaire CHCSC - Université Paris-Saclay. En partenariat avec le Comité d'histoire du Ministère de la Culture.

Présentation du séminaire :

Lancé en 2018, les travaux menés au fil des précédentes rencontres se sont soldés par la parution d’un ouvrage collectif aux PUG en juin 2021, intitulé comme le séminaire « Patrimoines et patrimonialisation. Les inventions du capital historique XIXe – XXIe siècle ». Cette entreprise collective se prolonge cette année, en 2021-2022, sur la base d’une sélection de nouvelles thématiques, avec la même ambition d’analyser les processus de patrimonialisation sous l’angle des logiques de valorisation et de mise en lumière des « nouveaux » objets patrimoniaux.

Force est en effet de constater que le patrimoine recouvre des réalités pour le moins contrastées, allant du domaine des arts à celui de l’industrie, de l’architecture à la gastronomie, de la culture à la nature, du matériel à l’immatériel. Cette extension du domaine du patrimoine reflète une tendance à faire mémoire de tout bois, à vouloir sanctuariser un nombre croissant d’objets et de pratiques au nom d’une tradition ou d’un existant. Transformer un objet profane en patrimoine, c’est évidemment lui conférer une visibilité sociale, une valeur symbolique, l’arracher à ses usages triviaux… pour conférer à son ou ses détenteur(s) des ressources patrimoniales. On le mesure sur ce point, le patrimoine n’est pas un capital qui tombe du ciel historique mais le produit d’une construction – la patrimonialisation - dont il s’agit de sonder les rouages symboliques, garants d’une plus-value, mais aussi les rapports de force, les formes de mobilisation sociale, les engagements de ressources culturelles mais aussi économiques qui la sous-tendent.

Les rencontres thématiques organisées au fil du séminaire ont donc mobilisé jusqu’à présent des chercheurs venant de différents horizons (historiens, sociologues, économistes, juristes, chercheurs en communication, etc.), se proposant à partir de leur ancrage disciplinaire et de leur objet d’étude, d’apporter leur concours à cette entreprise collective. Cette simple indication souligne la transversalité des questions patrimoniales qui « interpellent » de nombreux champs disciplinaires et dépassent les traditionnelles assignations à résidence historique. Au-delà des nombreux thèmes abordés au fil des rencontres qui ont déjà eu lieu (patrimoine « naturel » ; patrimoines industriels et patrimoines ouvriers ; patrimonialisation des marges de l’art ; patrimoine et consommation ; patrimoine, tourisme et développement ; patrimoine et urbanisme ; patrimoine et culture contestataire, etc.), le séminaire s’est proposé d’interroger les logiques de notre rapport au passé, son instrumentalisation sous des formes et selon des finalités disparates ainsi que l’inusable tension entre histoire et mémoire. Car les processus de patrimonialisation mobilisent l’histoire mais ils l’instrumentalisent aussi selon des finalités irréductibles à la seule volonté de préserver le passé et d’en conserver la mémoire. C’est d’ailleurs ce qui explique les formes de contestation, de dénonciation, de critique ou, inversement, de mobilisation sociale dont ils font l’objet.

Durant les dernières décennies, de nombreux travaux de recherche ont accompagné l’extension de la question patrimoniale, notamment depuis la reconnaissance par l’UNESCO de
patrimoines immatériels, mais rarement ces travaux ont traité de ces processus sous l’angle de la valorisation de l’objet patrimonialisé, impliquant comme par ricochet d’interroger la réalité de sa valeur patrimoniale. Pourtant, la question patrimoniale occupe une place nullement négligeable dans notre économie, si l’on suit la thèse développée par Luc Boltanski et Arnaud Esquerre. Elle serait même une des principales clés de mise en valeur de biens et de marchandises, de lieux et de pratiques. Les professionnels du tourisme et de l’aménagement du territoire le savent puisqu’ils se tournent presque spontanément vers les patrimoines existants ou revisitent le passé pour mettre en valeur leur offre. Mais l’emprise des logiques de valorisation patrimoniale ne s’arrête pas aux seuls territoires. Elle s’étend à l’économie de biens de consommation, valorisés et labellisés au nom de leur fidélité à la tradition. Elle recouvre aussi des pratiques culturelles d’autant plus valorisantes qu’elles sont valorisées par leur ancrage dans un passé réel ou fantasmé. On le savait déjà au moins depuis Max Weber, le passé légitime mais, ce que l’on ne percevait pas de manière aussi évidente, c’est qu’il valorise. Et c’est en privilégiant ces logiques de valorisation, selon une gradation allant de la valorisation symbolique à la valorisation marchande en passant par l’affirmation identitaires de groupes sociaux et de communautés, que l’on peut saisir les objets érigés en patrimoine à la mesure même de l’importance qui leur est reconnue et attribuée.

Une telle approche par la patrimonialisation conduit à mettre au jour la face cachée de l’économie symbolique des biens culturels mais aussi de marchandises, de lieux, de savoir-faire,
de pratiques. A l’heure du storytelling, le capital historique relève d’abord d’une mise en récit d’un passé dont la réalité n’est jamais univoque, ni toujours clairement établie. Il relève
aussi de la transmission de réalités matérielles ou immatérielles qui, longtemps dépourvues de valeur, font à présent l’objet d’un investissement symbolique permettant de les transformer en capital, c’est-à-dire en ressources mobilisables à leur tour par certains acteurs à des fins politiques, culturelles, économiques, sociales. On rejoint, sur ce point, la dimension critique des analyses des processus de patrimonialisation car s’il ne fait guère de doute que les nouveaux objets du patrimoine sont pour la plupart dignes de la plus extrême attention, il n’en demeure pas moins que ceux qui les portent sur la scène historique ne sont pas animés par le seul but désintéressé de la connaissance et de la préservation mémorielle ou matérielle du passé. Tout ce qui est historique, y compris le vivant, entre dans le champ d’une possible patrimonialisation, du paysage à la chanson, en passant par la gastronomie et les savoir-faire. De ce fait, l’histoire se doit de maintenir une réflexivité critique dans l’appréhension de ces objets afin de pas cautionner et, indirectement, souscrire aux visées utilitaires qui président souvent au processus de patrimonialisation. Déjouant le culte patrimonial et ses objets sanctifiés, l’analyse des processus de patrimonialisation permet à la fois de neutraliser l’apparente naturalité dont on cherche à parer ces nouveaux objets et de mettre au jour les ressorts visibles et invisibles de ces processus.


PROGRAMME 2021-2022

Séance 1
8 octobre à 14 h


Les oeuvres littéraires et philosophiques comme inventions patrimoniales

Les oeuvres et leurs auteurs, académiquement consacrés, s’imposent par l’évidence de leur rayonnement mais rares sont les entreprises de déconstruction des processus qui ont conduit à leur reconnaissance et à leur intégration dans un patrimoine philosophique ou littéraire au prix d’une sélection conduisant à écarter et à rejeter d’autres oeuvres, d’autres auteurs, à faire valoir une tradition au détriment d’une autre. On se propose dans le cadre de cette séance d’analyser ces processus de patrimonialisation qui, au-delà de la reconnaissance de l’intérêt esthétique ou intellectuel des oeuvres, en font des références indépassables.
  • Marie-Clémence Régnier, Patrimonialiser l'oeuvre littéraire dans les maisons-musées d'écrivains : entre réification et mise en récit
  • Anne-Marie Thiesse, La formation du patrimoine littéraire français au 19° siècle : des enjeux politiques
  • Jean-Louis Fabiani, La philosophie comme patrimoine national : de Descartes à la French Theory

Séance 2
28 janvier à 14 h

Patrimoines, cultures populaires, cultures aristocratiques


Évoquer l’existence de patrimoines populaires à l’égal d’une culture populaire conduit à rappeler que le patrimoine peut s’apparenter à un outil d’affirmation identitaire pour le groupe social qui le revendique en propre. C’est ce que l’on observe pour des patrimoines populaires et, inversement, pour des patrimoines aristocratiques, comme si le terrain patrimonial perpétuait la lutte des classes dans l’ordre du symbolique…
  • Eric Darras, Du patrimoine matériel à l'immatériel : une culture de classe dans l'art automobile populaire ?
  • Bertrand Goujon, La patrimonialisation de "l'espace de la noblesse" : distinction, transmission, valorisation (XIXe-XXe siècles)
  • Héloïse Fradkine, S’ancrer dans « la terre amoureuse » pour se voir consacrer. L’investissement dans la grande vènerie d’héritiers de la grande bourgeoisie industrielle

Séance 3
11 mars à 9 h


Patrimoines, agriculture et nature

Si les premières entreprises de patrimonialisation des espaces et des espèces naturel-le-s ébauchées en France s’observent dès la fin du XIXe siècle, ce n’est que tardivement que le
patrimoine « naturel » a fait l’objet de réflexions approfondies en sciences sociales. Patrimonialiser la nature est-ce décalquer des objectifs et des procédures propres à la patrimonialisation culturelle ou y a-t-il une singularité de cette patrimonialisation liée à un objet lui-même tributaire de définitions et d’appréciations diverses ? Est-ce protéger, conserver,
préserver, restaurer, libérer ? La patrimonialisation de la nature a-t-elle accompagné, contrarié ou simplement rendu plus supportables les transformations accélérées du monde ?
  • Fabien Knittel, Le concours de labour : entre innovation, conservation des techniques agricoles anciennes et patrimonialisation (XIXe-XXIe siècles)
  • Charles-François Mathis, Un patrimoine énergétique? Le charbon en Angleterre, 1830-1940
  • Thierry Laugée, Des taxidermies dans les écoles. La sensibilisation au vivant par les collections itinérantes de l'American Museum of Natural History (1903-1930)
  • Jean Bérard, Les replis de la nature. Eléments sur l'histoire du droit de l'environnement
  • Marie Cornu, Patrimoine/environnement, histoires juridiques croisées
  • Raphaël Mathevet, La Camargue à l’épreuve des patrimonialisations et du changement climatique : enseignements et perspectives critiques
Informations complémentaires
En raison du contexte sanitaire, on invite toutes les personnes désireuses d’assister au séminaire de s’assurer préalablement à leur venue que les séances pourront normalement avoir lieu.

Contacts : stephane.olivesi@uvsq.fr, acambre@orange.fr

Ces rencontres auront donc lieu au Ministère de la culture, 182 rue Saint-Honoré 75001 Paris
La salle sera indiquée à l’accueil.

Ces rencontres sont ouvertes au public sous réserves d’inscription préalable (au moins 48 h à l’avance) à l’adresse : https://framaforms.org/inscription-seminaire-patrimoines-et-patrimonialisation-les-inventions-du-capital-historique-xixe