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Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés contemporaines - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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Médias : communiquer pour agir

Vice-président chargé de la recherche et du développement scientifique de l’UVSQ et professeur en histoire contemporaine spécialiste des médias et de la communication politique, Christian Delporte décrypte l’évolution de la communication politique et le pouvoir qu’elle confère à ceux qui la maîtrisent.

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Extrait du dossier "Les nouvelles frontières du pouvoir" du magazine Vert & Bleu n°3 (novembre 2014)

Comment la communication politique confère-t-elle
du pouvoir à celui qui l’utilise efficacement ?

Christian Delporte :  À la fin des années 1990, Alastair Campbell, le directeur de la communication de Tony Blair, définissait ainsi son rôle : «Il faut faire la météo.» En clair : fabriquer l’information des médias, créer l’événement en permanence, ne laisser aux journalistes aucun répit ni aucun temps de réflexion.

La communication est un jeu à trois : l’homme politique, l’opinion publique et les médias qui font le lien entre les deux premiers. L’homme politique doit connaître les attentes, les sentiments, les sensibilités de l’opinion pour élaborer ses propositions et son discours, et leur garantir le maximum de réceptivité. Il utilise pour cela les sondages et les enquêtes en tout genre, dont la plupart ne sont pas publiés. Il doit maîtriser les logiques médiatiques et s’adapter aux cadres des médias. Un homme politique qui ne maîtrise pas les règles de la télévision et n’anticipe pas ce que feront les médias de ses interventions publiques ne sait pas communiquer.

Bref, la bonne communication, c’est l’art d’anticiper l’écho de sa parole dans l’opinion via les médias et d’utiliser les seconds pour atteindre la première. Prenons un exemple : celui du retour de Nicolas Sarkozy, ou comment transformer un faux suspense en une forme d’impatience.

Premier élément : il s’assure que rien ne viendra polluer le calendrier de son retour et qu’au moment où il se déclarera l’agenda politique sera vide.
Deuxième élément : il fait intervenir ses amis dans les médias, les uns pour l’appeler à revenir, les autres pour afficher leur ralliement.
Troisième élément : il distille les confidences sur son futur staff ou les grandes lignes de son argumentaire justifiant son retour.
Quatrième élément : l’annonce proprement dite qui occupe le week-end et fait les gros titres du lundi. Nicolas Sarkozy vampirise le terrain médiatique en créant l’attente d’abord, en attirant tous les projecteurs ensuite, en captant tous les commentaires enfin. C’est cela, «faire la météo».

Cette forme de pouvoir a-t-elle évolué ?

C.D. : Trois changements importants sont intervenus. Le premier est la place affirmée de la télévision dans la stratégie de communication, en raison même de son audience. Non seulement les hommes politiques ont dû travailler leur image (look, gestuelle, comportement), revoir les formes de leur discours (phrases courtes, vocabulaire appauvri) et l’ajuster aux reprises télévisuelles (l’art de la formule et de la fameuse «petite phrase» reprise en boucle), mais aussi apprendre à s’adapter aux émissions non politiques – les talk-shows notamment – indispensables, à leurs yeux, pour toucher des publics peu intéressés par la politique. L’autre changement tient à la forme de la communication. Dans les années 1980 – les années Séguéla –, la communication politique se bornait au marketing bruyant, si bruyant qu’il finissait par indisposer l’opinion publique.

Aujourd’hui, avec les spin doctors, hommes de l’ombre, elle relève de la stratégie en coulisses. La bonne communication est celle qui ne se voit pas. Enfin, le principal changement, peut-être, tient au sens de la communication. Bien sûr, elle vise toujours à forger une image personnelle, propre à créer un lien de confiance, voire un lien affectif avec l’homme politique, mais la démarche est différente. Naguère, on agissait puis on communiquait sur son action. Désormais, on communique pour agir.

Qu’en est-il aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux ?

C.D. : L’émergence des réseaux sociaux s’inscrit dans un mouvement large de transformation, marqué par la profusion, l’accélération, l’interaction de l’information, qui pose la question du contrôle de la communication. Les hommes politiques se trouvent confrontés à de multiples obstacles : le caractère de plus en plus éphémère de l’actualité, la multiplicité des espaces d’expression, le fact checking des internautes, le risque, à tout moment, d’être filmé, enregistré et du coup, pris au piège de la contradiction. Il est devenu primordial d’occuper largement le terrain médiatique, tous supports confondus, pour porter le message. La communication est de plus en plus un travail d’équipe.

D’où la montée en puissance des éléments de langage diffusés en même temps, le même jour, sur toutes les chaînes de télévision, toutes les radios, dans tous les journaux et sur les réseaux sociaux. Bref, l’enjeu de la communication est de plus en plus la conquête des espaces par la multiplicité des relais.

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Dernière mise à jour de cette page : 14 avril 2015


 

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