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Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés contemporaines - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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Appel : "Patrice Chéreau en son temps"

Le colloque international « Patrice Chéreau en son temps », qui se tiendra à Paris du 15 au 17 novembre 2016, a pour objet de tracer le portrait d’un créateur d’exception, de resituer son œuvre dans le temps d’une vie et d’en comprendre l’ancrage et la portée dans la séquence culturelle et politique des années 1950-2010.

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Résumé

Patrice Chéreau (2 novembre 1944-7 octobre 2013), metteur en scène de théâtre et d’opéra, acteur, réalisateur, scénariste de cinéma et de télévision, est l’un des artistes majeurs du second XXe siècle et de la première décennie du XXIe. Le colloque « Patrice Chéreau en son temps » a pour objet de tracer le portrait d’un créateur d’exception, de resituer son œuvre dans le temps d’une vie (scansions, tournants, influences, échanges, amitiés et réseaux), d’en comprendre l’ancrage et la portée dans la séquence culturelle et politique des années 1950-2010. À partir des travaux déjà existants, cette manifestation scientifique, portée par des historiens mais résolument pluridisciplinaire et plurimédiatique, se fondera sur un ensemble de sources inédites, en croisant les regards d’artistes, de témoins et de chercheurs. Les différents dépôts d’archives – l’IMEC, la BnF, l’Ina, la Cinémathèque française, le CNC –, les théâtres de l’Odéon-Théâtre de l’Europe et des Amandiers-Nanterre, la Villa Wahnfried de Bayreuth et le Piccolo Teatro de Milan seront largement sollicités, sans exclusive d’autres fonds. Les échanges avec les témoins, collaborateurs et amis de Patrice Chéreau, doivent également permettre d’ouvrir les perspectives, de nuancer et d’approcher un parcours de créateur et une expérience artistique singulière. Les chercheurs sont donc invités à proposer des communications s’appuyant sur ces nouvelles sources documentaires textuelles et orales.

 

Argumentaire

Si les pièces de théâtre, les opéras et le film La Reine Margot – sorti dans des versions multiples en France et dans plusieurs pays – ont contribué à la reconnaissance de Patrice Chéreau, neuf autres films, deux téléfilms et les œuvres filmiques de ses mises en scène ont une importance tout aussi capitale, sans oublier son activité de comédien dans plusieurs coproductions internationales, telles Danton d’Andrzej Wajda et Adieu Bonaparte de Youssef Chahine. Tout au long de son itinéraire artistique, il convient de souligner les nombreuses responsabilités institutionnelles exercées par Patrice Chéreau : directeur du théâtre de Sartrouville, directeur adjoint du théâtre de la Cité à Villeurbanne, codirecteur de la Maison de la Culture de Nanterre, futur théâtre des Amandiers, Président du Jury du Festival de Cannes en 2003, vice-président de la Cinémathèque française en 2005, président de la FÉMIS en 2006.

C’est cette diversité qui conduit aujourd’hui à s’intéresser à Patrice Chéreau en son temps. Certes, Pierre Bourdieu estime que « traiter la vie comme une histoire, c’est-à-dire comme le récit cohérent d’une séquence signifiante et orientée d’événements, c’est peut-être sacrifier à une illusion rhétorique[1] ». Il est néanmoins possible d’interroger les archives aujourd’hui disponibles et de confronter les témoignages pour essayer de reconstituer un vaste puzzle dont les traits saillants devraient émerger.

En croisant ces différentes sources, l’enjeu sera de saisir les rapports complexes entre hasards et contraintes sociales, initiatives individuelles et expression d’un moment historique, création et réception critique comme réactions des spectateurs. Loin de toute tentation hagiographique, il conviendra d’accorder toute leur place aux nombreux collaborateurs de l’artiste et de ne pas passer sous silence les éventuelles tensions autour des réalisations et des mises en scène de Patrice Chéreau, comme de ses prises de position et de ses engagements. Plus globalement, l’ambition de ces journées est d’analyser la contemporanéité d’une œuvre et de mesurer son extension et sa portée, à la fois française, européenne et internationale, avec le souci de distinguer des aires culturelles plus propices à la réception de ses créations et des espaces qui le sont moins.

Relire la trajectoire de l’artiste à l’aune des trois grands domaines dans lesquels il a créé sera l’un des enjeux majeurs du colloque qui s’inscrit dans une perspective historique, comprise dans un sens large :

• celle d’une histoire sociale des représentations, qui entend parcourir l’œuvre d’un artiste au gré de multiples déterminations économiques, politiques, esthétiques ou techniques, qui cherche à reconstituer l’ensemble de la chaîne de production artistique et qui tente de reconstituer le fil complexe de la réception plurielle des œuvres ;

• celle d’une histoire d’un moment singulier – en l’occurrence un large second XXe siècle – durant lequel sont fondées de nouvelles institutions culturelles, se tissent des réseaux artistiques inédits et s’inventent de nouveaux codes dramaturgiques ;

• celle d’une histoire politique qui entend analyser les prises de position et les engagements, les conflits idéologiques et les tensions dans un moment marqué par les espérances d’après-guerre mais aussi le traumatisme des « Événements d’Algérie », les soubresauts de la Guerre froide et la fin de la division en blocs, les événements de 1968 et les mobilisations des années 1970, les remises en question des années 1980 ;

• celle d’une histoire des relations internationales, qui retrace la diversité de la réception d’un artiste et d’une œuvre dans différents pays au gré de ses tournées et de la diffusion de ses films ; histoire donc de circulations, d’éventuels métissages ou de greffes inachevées. 

Comment ces univers, avant tout esthétique et politique, se rencontrent-ils et se répondent-ils ? En quoi leur diversité contribue-t-elle à la reconnaissance européenne et internationale de Patrice Chéreau ? À travers son parcours, c’est aussi l’histoire des sensibilités et des émotions, l’histoire culturelle de la France et des relations culturelles internationales, qui sont interrogées.

Dans cette perspective et avec l’idée soit de faire reposer les recherches sur des sources déjà explorées avec un regard renouvelé, soit de proposer de nouvelles pistes à partir des documents et des ressources encore inexplorés (photographies, notes et brouillons, textes et articles, correspondances, émissions de radio et de télévision, films, costumes, captations sonores et audiovisuelles de répétitions et de représentations, dossiers de production, documentation relative à des festivals, archives institutionnelles…), plusieurs axes ont été retenus : 

1. Parcours esthétique et politique d’un créateur 

Les propositions pourront porter sur les temps et les lieux de la création, les responsabilités culturelles et institutionnelles, les engagements et les évolutions idéologiques et politiques.

Il s’agira de bien mettre en évidence le parcours de Patrice Chéreau en distinguant :

• Les années de jeunesse, les apprentissages, les rencontres essentielles et les expériences artistiques, les prises de position politiques et les réactions dans la France de l’avant et de l’après 1968 : Groupe théâtral Louis-Le-Grand, Théâtre de Sartrouville (1966-1969) ;

• Les expériences décisives : le travail au Piccolo Teatro auprès de Giorgio Strehler et de Paolo Grassi, le lien France-Italie et le retour d’Italie (1969-1971) ; l’expérience du Théâtre de la Cité de Villeurbanne aux côtés de Roger Planchon et de Robert Gilbert, l’apport artistique de Patrice Chéreau et la place au sein de la décentralisation dramatique (1972-1981) ;

• La codirection de Patrice Chéreau et de Catherine Tasca au Théâtre des Amandiers (1982-1990), la place des créations, le rôle joué par l’école de comédiens ;

• Les orientations prises à la charnière des années 1990 et 2010 et les temps de la reconnaissance.

Plus généralement, il conviendra de ne pas en rester à un panorama trop linéaire. Pour ce faire, il sera possible d’insister sur certains moments décisifs (1968 et ses retombées, le Festival de Bayreuth de 1976, la tournée d’Hamlet – théâtre des Amandiers – à Moscou en 1989…), d’inviter à proposer d’autres périodisations comme celles portant sur les nominations et les récompenses, celles accordant toute leur importance à certaines responsabilités à la tête d’autres institutions artistiques, celles enfin rendant compte des difficultés financières, des tensions idéologiques et des controverses esthétiques. 

2. Chéreau à l’œuvre 

La dimension plurielle de l’œuvre artistique – dramatique et lyrique, cinématographique et télévisuelle – sera questionnée. Textes originaux et inédits, œuvres mises en scène et réalisées, traductions pourront être mis à profit dans une perspective toujours contextualisée. Les pistes suivantes peuvent être explorées :

• Chéreau lecteur et spectateur : modèles et contre-modèles, sources d’inspiration, œuvres matricielles, écoles de pensée ;

• Les choix de répertoire (auteurs, compositeurs) ; les variations autour des œuvres : formes d’interprétation, reprises, refontes et inflexions ; la singularité et la porosité des univers esthétiques (théâtre, cinéma, télévision) et des métissages artistiques ; le lien entre création et réception ;

• Le travail, les collaborateurs et les pratiques artistiques : choix de scénographie, de costumes et d’univers sonores ; direction d’acteurs ; reconstitution de la chaîne artistique (assistants à la mise en scène, décorateurs, costumiers, électriciens, preneurs de son, acteurs…) ;

• Chéreau et ses contemporains en France, en Europe et à l’international (peintres, écrivains, musiciens, metteurs en scène, cinéastes, etc.) ;

• Chéreau acteur et Chéreau enseignant 

3. Réception, appropriations et circulations de l’œuvre 

• Patrice Chéreau et la critique : la place de son œuvre au sein de l’univers de la critique (presse et médias audiovisuels, critique nationale et internationale) ; le rôle de la critique dans la diffusion de l’esthétique de l’artiste ; l’analyse des oppositions critiques ;

• La réception et les publics : le repérage des succès et des insuccès de l’artiste, sur un mode à la fois quantitatif et qualitatif ; les regards des spectateurs sur les créations de Chéreau ; l’esthétique de l’artiste et l’évolution des goûts du public ;

• L’œuvre de Patrice Chéreau au prisme des relations internationales. Un accent tout particulier sera mis sur les tournées et les festivals. On pourra s’intéresser à la variété des pays et des villes visités, s’interroger sur les salles d’accueil et sur les choix qui guident les déplacements comme sur les réussites et les échecs ;

• Réceptions et appropriations de l’œuvre par d’autres artistes ; les influences. 

Ces journées s’inscrivent par ailleurs dans un « Moment Chéreau » qui comprendra plusieurs manifestations culturelles au cours du mois de novembre 2016. 

Les propositions de 2 500 signes maximum, accompagnées d’une présentation de l’auteur, doivent être envoyées avant le 23 mars 2015 à Sylvie Le Dantec : ledantec@univ-paris1.fr



[1]. Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 62-63, juin 1986, p. 69-72 (p. 70).

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Informations complémentaires :

Porteurs du projet
Centre d’histoire sociale du XXe siècle [CHS] (CNRS/Univ.Paris 1 Panthéon-Sorbonne) UMR 8058
Centre d’histoire du XIXe siècle [CRH]/Images, sociétés, représentations [ISOR] (Univ. Paris 1 et Paris Sorbonne) EA 3550
Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe [IRICE] (CNRS-Univ. Paris 1 et Paris Sorbonne) UMR 8138

Partenaires universitaires
Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (Univ. Versailles-Saint-Quentin) EA 2448
THALIM (CNRS/Univ. Sorbonne Nouvelle-Paris 3, ENS), UMR7172
SLAM (Synergies, langues, arts, musique, CNRS/Univ. Evry-Val D’Essonne), EA 4524
Université de Padoue
Université de Bayreuth

Partenaires institutionnels à ce jour
Cinémathèque française-BIFI, CNC, Département des Arts du spectacle de la BnF, IMEC, INA, Villa Wahnfried de Bayreuth

Dernière mise à jour de cette page : 25 novembre 2014


Comité d’organisation :
Anaïs Fléchet (EA 2448 CHCSC-UVSQ)
Pascale Goetschel (UMR 8058 CHS-Univ. Paris 1, CNRS)
Marie-Françoise Lévy (UMR 8138 IRICE, Univ.Paris 1, Paris 4, CNRS)
Marie-Noële Sicard (UVSQ)
Myriam Tsikounas (EA 3550 Équipe Isor du CRH-Paris 1-Paris 4, Univ.Paris 1), Marguerite Vappereau (EA 3550 Équipe Isor du CRH-Paris 1-Paris 4, Univ. Paris 1)

Coordination scientifique :
Sylvie Le Dantec (UMR 8058 CHS-CNRS, Univ. Paris 1)

Comité scientifique :
Anne-Françoise Benhamou (UMR 7172 Thalim, Ens-Ulm)
Christian Biet (EA 3458 HAR-Univ. Paris-Ouest-Nanterre-La Défense)
Éric Bussière (UMR 8138 IRICE-Univ. Paris Sorbonne)
Marco Consolini (EA 3959 IRET-Univ. Paris 3)
Mara Fazio (Univ. de Rome),
Robert Frank (UMR 8138 IRICE-Univ. Paris 1)
Anaïs Fléchet (EA 2448 CHCSC, Univ. Versailles-Saint-Quentin)
Pascale Goetschel (UMR 8058 CHS- Univ. Paris 1)
Philippe Gumplowicz (EA 4524 RASM-Univ. Évry-Val-d’Essone)
Dominique Kalifa (EA 3550 CRH-Univ. Paris 1)
Marie-Françoise Lévy (UMR 8138 IRICE-Univ. Paris 1)
Antoine Marès (UMR 8138 IRICE-Univ. Paris 1)
Marie-Madeleine Mervant-Roux (UMR 7172 THALIM CNRS-Univ. Paris 3)
Jean-Claude Yon (EA 2448 CHCSC- Univ. Versailles-Saint-Quentin)
Jürgen E. Müller (Univ. de Bayreuth)
Pascal Ory (UMR 8058 CHS-Univ. Paris 1)
Roland van der Hoeven (Univ. Libre de Bruxelles)
Marie-Noële Sicard (Univ. Versailles-Saint-Quentin)
Myriam Tsikounas (EA 3550 CRH-ISOR-Univ. Paris 1)
Marguerite Vappereau (EA 3550 CRH-ISOR-Univ. Paris 1)
Françoise Zamour (UMR 7172 Thalim, ENS)

Informations pratiques

Date limite : 23 mars 2015
Sylvie Le Dantec ledantec@univ-paris1.fr
 

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