Accès direct au contenu

Dans :

Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés contemporaines - Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Imprimer la page
impression pdf

CHCSC > Actualités > appels à communications

Appel à communications: Afriques transatlantiques. Circulations culturelles, frontières et dispersion (XVIIIe-XXIe siècle)

Colloque international organisé par le Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (Université Paris Diderot), le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (UVSQ,Paris-Saclay), l'université Cheikh Anta Diop et l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (CREDA/Paris 3 Sorbonne-Nouvelle) dans le cadre du programme ANR/Fapesp Transatlantic Cultures https://tracs.hypotheses.org/

Compagnie_générale_des_paquebots_transatlantiques_Bouquillard-1.jpg
Transatlantic Cultures : un  projet de recherche international
Le projet Transatlantic Cultures propose de mettre en œuvre une histoire culturelle connectée de l’espace atlantique grâce aux nouveaux outils et supports numériques. Lancé en 2015 par le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (Paris-Saclay), le Centre de Recherche et de Documentation des Amériques (Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3) et l’Université de São Paulo, ce projet rassemble aujourd’hui une équipe de 40 chercheurs, rattachés à 19 universités, en Europe, en Afrique et dans les Amériques. Il vise à la réalisation d’un Dictionnaire d’histoire culturelle transatlantique (XVIIIe-XXIe siècles) édité en ligne et en quatre langues (français, anglais, espagnol, portugais): une plateforme numérique pour analyser les dynamiques de l’espace atlantique et comprendre son rôle dans le processus de mondialisation culturelle contemporain. Conçu au plus près de la recherche, cette encyclopédie entend développer une réflexion critique sur les circulations transatlantiques, mais également sur les processus d’identification et les frontières qui ont contribué à la formation et au renouvellement de grandes aires culturelles depuis le XVIIIe siècle. Nous espérons ainsi rompre avec les approches traditionnelles qui opposent un «centre» (européen ou nord-américain) à des «périphéries» culturelles (africaines, caribéennes ou latino-américaines) pour mieux mettre en valeur la pluralité et la polyphonie de l’espace Atlantique – Atlantique noir, Atlantique Sud, espace euro-latino-américain, carrefour caribéen, etc.  [Gilroy, 1993 et 2010; Alencastro, 2015;  Bystrom, 2018; Guerra, 2002; Dubesset, 2014]. Outre le croisement d’historiographies issues d’espaces académiques trop souvent cloisonnés, l’intégration équilibrée des acquis scientifiques existant sur les aires culturelles étudiées constitue l’un des principaux défis du projet et le premier enjeu de ce colloque.

La contribution des études africaines
Durant les années 1960-1970, les recherches consacrées au continent africain se sont principalement inscrites dans le domaine de l’étude des aires culturelles. Les travaux de Jean-François Bayart ont par la suite donné un certain écho aux approches cherchant à mieux saisir la colonisation et ses héritages par le biais de l’histoire des Africains eux-mêmes: l’histoire urbaine (Coquery-Vidrovitch, Dulucq, Goerg, etc.), celle des migrations intra-africaines (Harries, Gondola, Mandé, Gary-Tounkara,  etc.) ou celle  des  rapports entre le politique et les sociétés civiles (Bernault, Boilley, Bancel, etc.) furent alors particulièrement bien représentées. Les approches centrées sur l’étude des productions culturelles et des identités livrèrent aussi des travaux de valeur (Lenoble-Bart, Goerg, Chrétien, etc.), mais avec une attention qui portait encore rarement à l’époque sur le transnational. Depuis une quinzaine d’années, les recherches en études africaines ont connu en France un regain de dynamisme (Les études africaines en France. Un état des lieux, 2016) du fait de l’essor de certaines thématiques jusqu’ici relativement marginales (études sur le genre, histoire multi-scalaire des constructions identitaires, histoire des marges et marginalités en Afrique, histoire politique par le bas, etc.). Elles se sont ouvertes à de nouveaux questionnements dans le sillage des postcolonial studies qui, en éclairant la persistance des héritages culturels coloniaux sur les sociétés contemporaines [Saïd, 1978; Mbembe, 2000] et en interrogeant les situations d’exil, les imaginaires diasporiques et les identités hybrides de certains groupes dominés [Spivak, 1988;  Bhabha, 1990], ont fait des circulations transnationales un enjeu majeur de leur réflexion [Gilroy, 1993] tout en cherchant parfois à replacer historiquement l’Afrique au cœur de l’espace Atlantique [Thornton, 1998]. Parallèlement, les études africaines se sont intéressées au Transnational turn [Iriye, 2004] qui a touché les sciences humaines et sociales depuis le milieu des années 2000. Très nette à l’étranger [Comaroff, 2011; Cooper, Stoler, 2013], cette ouverture est restée un peu plus timide en France malgré des travaux inspirés de la nouvelle histoire impériale britannique [Zuniga, 2007], portant sur les circulations des diasporas [Pétré-Grenouilleau, 2004; Chivallon, 2004, ou sur les relations entre l’Afrique et l’océan Indien [Nativel, Rajaonah, 2007]. Cette ouverture croissante s’est aussi traduite par l’organisation des 4èmes Rencontres des études africaines en France (REAF) sur le thème des Afriques cosmopolitiques (Paris, 2016), du colloque «Afrocentricités. Histoire, philosophie et pratiques sociales» (Paris8, novembre 2017) ou encore de la journée d’études Afrique et Amériques. Histoire, politique et indépendance» (Paris-Diderot, décembre  2017).
Dans ce cadre, l’histoire des circulations culturelles connaît aujourd’hui un regain de dynamisme. Cette histoire a pu être abordée à partir des circulations internes qui s’inscrivent dans les cadres politiques et géographiques des royaumes, des empires ou des États coloniaux et postcoloniaux [Fall, 2017]. Mais elle concerne aussi la connectivité ancienne de l’Afrique avec d’autres continents, ainsi que la présence et le vécu des diasporas africaines hors du continent. L’étude de la traite africaine et des systèmes esclavagistes dans les Amériques est à l’origine de nombreux travaux sur les phénomènes d’appropriations et les métissages culturels, conçus à partir d’une approche matérielle [Ozer, 1998; Seck] ou d’une réflexion sur les constructions identitaires dans l’Atlantique noir [Gilroy, 1993] et dans l’Atlantique Sud [Boidin, 2011]. En 2002, l’atelier Sud-Sud organisé symboliquement dans la ville de Gorée s’est ainsi penché sur la construction atlantique des notions de race, d’identité noire et d’antiracisme à partir de l’évaluation critique des flux et des reflux, des ruptures et des influences réciproques entre les deux rives de l’Atlantique du XVe au XIXe siècle [Barry et al, 2010]. Des études ont également pris en compte les relations diplomatiques établies entre les pays africains et les pays d’obédience socialiste qui encadrèrent des programmes d’échanges culturels, notamment dans le cadre de la guerre froide [Djebbari 2015; Dorsch 2011]. Enfin, le renouveau des recherches sur les villes et leurs inter-connexions et connexions au monde à différentes époques a permis par un regard plus attentif sur les migrations, sur les circulations de œuvres d’art ou encore sur celles des artistes et des intellectuels [Malaquais, Khouri, 2016].
On l’aura compris : si les  dialogues et  porosités entre les études culturelles transatlantiques et les études africaines n’ont rien d’évident, ils sont cependant loin d’être inexistants comme l’attestent encore plusieurs recherches récentes sur l’éthiopisme [Bonacci, 2008], le panafricanisme [Boukari-Yabara, 2014], les circulations intellectuelles [Mangeon, 2010;  Renault, 2016], les échangesdans l’Atlantique Sud [Cunin, 2015; Luiz Felipe Alencastro, 2015]ou la place des Afriques dans le monde [Dramé, 2017].
Comment penser les relations entre productions artistiques, politiques publiques et identités sociales?
Comment les échanges Nord-Sud  se  sont  combinés,  parfois  de  longue  date,  avec  des  échanges  Sud-Sud,  engageant  de  nombreux acteurs aux logiques propres ?
Telles étaient également les questions posées lors de la journée d’études «Villes et circulations  culturelles  en Afrique  subsaharienne  XX-XXIe. Acteurs, modalités, impacts» organisée  à l'Université Paris Diderot en novembre 2016 au terme d'un séminaire de deux ans à l'INALCO.

Temporalités, acteurs et formes de l’échange culturel
Le colloque «Afriques transatlantique» permettra d’interroger plus en profondeur les rapprochements possibles entre les études culturelles transnationales et les études africaines tout en resserrant la focale sur les études transatlantiques autour de trois axes problématiques centraux.

1/Il s’agira d’abord de mieux cerner les apports des études africaines à la compréhension et à la connaissance des circulations transatlantiques.
Quels sont, depuis la fin du XVIIIe siècle,les natures, les modalités et les contextes de la contribution des sociétés africaines à l’émergence d’un espace relationnel transatlantique?
Comment les études africaines, dans leur diversité disciplinaire et géographique, ont-elles abordé les circulations transatlantiques et que peuvent-elles nous apprendre sur ces circulations  ? Comment ces apports peuvent-ils enrichir, interroger ou remettre en cause certains des acquis actuels du projet Transatlantic Cultures en termes, par exemple, de périodisation des dynamiques culturelles transatlantiques ou de marginalisation apparente du continent africain?

2/Réciproquement, en quoi le prisme transatlantique, si prégnant pour l’époque moderne, peut-il s’avérer utile ou stimulant pour la génération actuelle de chercheurs qui travaille sur l’histoire du continent ou sur ses dynamiques culturelles contemporaines?
L’identification de certains canaux, de certains acteurs, de certains réseaux entre l’Afrique et les Amériques ne peut-elle pas, pour la période la plus récente aussi, permettre de décentrer la focale de la colonisation, de l’étude des relations avec les (ex)-métropoles et des questionnements autour de l’impérialisme, de ses formes et de ses effets?

3/D’un  point de vue plus épistémologique, quels sont les dialogues possibles et les points de tension entre les études africaines, les postcolonial studies et les études culturelles transnationales?
Les Transtlantic studies peuvent-elles constituer un socle intéressant pour expérimenter de nouveaux  jeux d’échelles entre circulations transnationales, régionales, nationales ou locales?
Existe-t-il des freins – méthodologiques, épistémologiques, institutionnels – à l’appropriation des perspectives transatlantiques par les chercheurs en études africaines et réciproquement aux apports des études africaines aux perspectives transatlantiques?

Ce triple questionnement sera décliné à partir d’études de cas précises portant sur des savoirs, des pratiques et des objets culturels ayant circulé dans l’espace atlantique ou étant nés des échanges entre les trois continents. Tous les grands domaines des études culturelles seront abordés, sans exclusive: culture visuelle, littérature, musique, spectacle vivant, architecture, sport, religion, savoirs scientifiques, politiques culturelles, éducation, médias, alimentation, voyage, etc. Les communications pourront présenter un travail de recherche original ou revisiter des travaux plus anciens sur l’Afrique dans une perspective transatlantique à la lumière des questionnements proposés.
De nombreuses thématiques sont possibles:
-Archives, historiographies et méthodologie
-Esclavages et identités contemporaines
-Imaginaires, exils et diaspora
-Cultures matérielles transatlantiques
-Circulations religieuses, sportives, artistiques et médiatiques
-Circulations mémorielles et patrimoniales, etc.

État des lieux des connaissances actuelles, décloisonnement disciplinaire et ouverture de perspectives nouvelles, telles sont donc les attentes des organisateurs de ce colloque dont l’hypothèse est bien que la richesse de l’histoire africaine devrait enrichir les connaissances sur les circulations transatlantiques quand la perspective transatlantique pourrait réciproquement venir féconder les questionnements portés par les études africaines. Les Afriques seront donc placées durant ces deux jours au cœur de questionnements plus globaux portés par des spécialistes en étude africaines, mais aussi par des chercheurs spécialistes des autres aires culturelles ou des circulations transnationales. A l’heure où certains penseurs africains cherchent à écrire «l’Afrique-monde» et à poser les bases d’une forme de centralité africaine dans les discours produits sur le monde à venir (F. Sarr, A. Mbembe, 2017; A. Mabanckou, 2017), gageons que ce colloque confirmera le rôle de moteur, d’inspirateur ou de relais joué, au passé et au présent, par les acteurs africains dans les dynamiques culturelles internationales.

Informations complémentaires :

Les propositions de communication (300 mots maximum) ainsi qu’une présentation de l’auteur (100 mots maximum) doivent être envoyées avant le 10 juillet 2018 à l’adresse suivante:
afriquestransatlantiques@gmail.com
Les langues du colloque sont l’anglais et le français.

Comité d’organisation:
Elina Djebbari(King’s College London)
Anaïs Fléchet (CHCSC/UVSQ)
Didier Nativel  (Cessma  /  Univ.  Paris  7)
Gabriela  Pellegrino  Soares  (Universitéde São  Paulo)
François  Robinet (CHCSC/UVSQ)
Moustapha Sall (UCAD),
Sokhna Sané (UCAD)
Ibrahima Seck (UCAD)
Odile Goerg (Cessma / Univ. Paris 7)
Jean-Luc Martineau (Cessma/Inalco).

>Télécharger l'appel à communication avec la bibliographie indicative [PDF - 435 Ko] en français
>Télécharger l'appel à communication avec la bibliographie indicative [PDF - 364 Ko] en anglais

Dernière mise à jour de cette page : 21 juin 2018


Informations pratiques

Mardi 10 juillet 2018
Université Paris Diderot
15-16 novembre 2018
 

Recherche d'une actualité

Recherche d'une actualité

http://www.uvsq.fr